TL;DR — L’IA excelle dans le design systématique et répétable. Elle converge mécaniquement vers la moyenne du bon goût, ce qui est une catastrophe pour les marques qui veulent se distinguer. Les designers qui survivront — et prospéreront — sont ceux qui passent de l’exécution au conseil stratégique. Les autres ? Le tri est déjà en cours.
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ToggleL’IA fait le travail médiocre mieux que vous, et deux fois plus vite
Personne dans les agences ne veut l’entendre, mais c’est pourtant l’évidence : la majorité des livrables produits aujourd’hui relèvent du design systématique. Des dashboards fonctionnels, des composants récurrents, des mises en page propres. Du travail honnête, reproductible — et désormais automatisable à vitesse industrielle.
L’IA excelle dans cet espace. Elle assemble, optimise, respecte les conventions, et produit en 20 minutes ce qui prenait deux jours. Elle ne se plaint pas des révisions de dernière minute. Elle ne facture pas d’heures supplémentaires. Elle ne prend pas de RTT.
Le problème, c’est qu’elle génère aussi du slop — cette bouillie visuelle homogène qu’on reconnaît désormais au premier coup d’œil : dégradés bleu-violet, boîtes imbriquées à l’infini, typographies sans caractère, animations prévisibles comme un générique de startup. L’IA entraînée sur l’existant converge mathématiquement vers la moyenne statistique du bon goût. C’est inévitable. Et c’est absolument mortel pour toute marque qui veut exister dans un marché saturé.
Ce que l’IA ne ressentira jamais, même avec un bon prompt
Michal Malewicz, designer et formateur influent, l’a formulé clairement dans un article publié mi-février 2026 : le design qui marque, c’est celui qui provoque une vraie émotion.
Pas un « delightful UX » sorti d’un benchmark Figma. Une vraie friction agréable. La légère résistance d’un swipe qui lâche au bon moment. L’interface d’une app santé qui parle comme un ami, pas comme un formulaire CERFA. Le choix délibéré d’une vraie photo imparfaite plutôt qu’une illustration générée trop parfaite pour être honnête.
Ces décisions ne viennent pas d’un prompt. Elles viennent de designers qui ont du goût, une culture visuelle large, et une compréhension viscérale de ce que ressent un utilisateur face à un écran. L’IA peut générer une animation. Elle ne peut pas décider pourquoi cette animation doit exister à cet endroit précis, pour cet utilisateur précis, dans ce contexte émotionnel précis.
Chez Deepdive, on voit ça tous les jours : les outils IA sont redoutables pour accélérer l’exécution, mais sans une direction créative humaine solide derrière, on obtient des productions qui se ressemblent toutes — et qui finissent par se neutraliser mutuellement.
« Les designers vont dominer 2026-2030 » — Vraiment ?
La thèse de Malewicz est séduisante. Mais elle est incomplète, et c’est là qu’il faut nuancer.
Elle suppose que les entreprises sauront reconnaître et surtout valoriser financièrement cette différenciation créative. Ce n’est pas du tout évident. La dynamique réelle qu’on observe sur le terrain est moins enthousiasmante : un designer augmenté par l’IA remplace trois designers ordinaires. La demande globale en design de qualité peut augmenter ET le nombre de postes disponibles diminuer simultanément. Ce sont deux métriques distinctes que les prédictions optimistes confondent allègrement.
Il y a un autre angle aveugle dans ce débat.
Habitués à obtenir des résultats rapides et gratuits, de nombreux clients se contentent désormais de productions médiocres, sans âme et sans approche artistique.
Il suffit de regarder les campagnes des élections municipales 2026 : des listes qui prônent l’entraide commerciale n’hésitent pas à utiliser l’IA pour leurs discours, leurs flyers et leurs réseaux sociaux — pendant que les professionnels locaux se retrouvent sollicités uniquement pour des devis servant à évaluer les économies réalisées grâce à ChatGPT. Demandez aux graphistes indépendants autour de vous.
Les dégâts sont réels.
Ce que ça change concrètement pour les PME et ETI
Le message est direct : arrêtez de payer pour du design fonctionnel que l’IA peut produire. Automatisez ce qui peut l’être, utilisez les outils disponibles, réduisez les coûts sur l’exécution standardisée. C’est du bon sens économique.
Réinvestissez ce budget libéré dans du design stratégique — les décisions qui différencient réellement votre marque. Les expériences qui transforment vos utilisateurs en ambassadeurs. Les interfaces qui disent quelque chose sur ce que vous êtes, pas juste sur ce que vous vendez.
La conversion émotionnelle — cette capacité à créer un lien durable plutôt qu’un clic de plus — n’est pas un luxe réservé aux grandes marques avec des budgets communication à six chiffres. C’est le seul avantage compétitif qui résiste structurellement à la commoditisation par l’IA.
Le point de vue Deepdive
L’IA va effectivement valoriser les meilleurs designers. Mais elle va d’abord exposer brutalement ceux qui n’apportaient que de l’exécution — et cette phase d’exposition est déjà en cours, qu’on le veuille ou non.
Si votre valeur tient dans votre maîtrise de Figma et votre rapidité d’exécution, la conversation avec vos clients va devenir inconfortable très rapidement. Si elle tient dans votre jugement, votre goût, votre capacité à comprendre une audience et à prendre des décisions créatives qui servent la stratégie d’une marque — alors oui, les cinq prochaines années sont pour vous.
Ce que Deepdive observe depuis plusieurs mois sur le terrain : la vraie question n’est plus « l’IA va-t-elle remplacer les designers ? » mais « quelles organisations auront la maturité pour distinguer l’exécution IA du conseil créatif humain, et pour les rémunérer différemment ? » C’est une question de culture d’entreprise autant que de compétences.
L’ouverture qui mérite réflexion : si l’IA compresse les prix de l’exécution vers zéro, est-ce que les designers qui montent en gamme vers le conseil stratégique vont simplement se retrouver en concurrence avec les consultants en stratégie de marque — un marché encore moins accessible et encore plus élitiste ? La disruption ne s’arrête peut-être pas là où on l’attend.
Le tri a commencé. La prochaine étape sera plus intéressante encore.
André Gentit accompagne entreprises et collectivités dans leur transformation par l’IA via Deepdive et l’Agence CIA Bourges. Pour aller plus loin sur ces sujets, retrouvez les analyses et ressources sur deepdive.fr et sur Patreon.
Formateur et Consultant en stratégie Web.
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